• 15 juillet 2019

LE M&A, FIDÈLE REFLET DE LA GÉOPOLITIQUE

LE M&A, FIDÈLE REFLET DE LA GÉOPOLITIQUE

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LE M&A, FIDÈLE REFLET DE LA GÉOPOLITIQUE

La guerre commerciale a d’ores et déjà « fermé les frontières » des stratégies d’acquisition offensives. D’après les données de Refinitiv, les fusions-acquisitions transfrontalière n’ont totalisé que 484 Md$ au premier trimestre 2019, soit 47% de moins qu’en 2018. Le cross-border M&A est aussi moins nombreux en volume accusant un repli de 17%. 

Par effet de vases communicants, les mesures protectionnistes de l’administration Trump ont conduit les acquéreurs à faire leur marché dans leur « home turf » respectif. Ainsi, dix des plus gros deals annoncés dans le monde au premier semestre sont de nature domestique et huit d’entre eux ont été noués entre sociétés américaines. Un tel niveau d’activité a permis aux Etats-Unis d’afficher sur la période avril-juin un montant d’opérations de 466 Md$ en ligne avec le deuxième semestre 2018. Sur les six premiers mois de l’année, les Etats-Unis ont même enregistré une progression de 19% pour atteindre 1 100 $ de deals. 

Pendant ce temps là, l’Europe dégringole: elle a abrité 57% de deals de moins qu’il y a un an. Sur le Vieux continent aussi, il y a fort à dire sur la relation entre M&A et politique. Le cas le plus criant est évidement celui de la fusion entre Fiat Chrysler – Renault. Commerzbank et Deutsche Bank ont aussi jeté l’éponge. Leur projet d’union divisait profondément l’Allemagne, entre ceux qui souhaitaient l’émergence d’un mastodonte bancaire national, ceux qui ciraient au spectre du « too big to fail » et ceux qui pensaient que c’était une « mauvaise idée ». 

Le M&A corporate n’est d’ailleurs pas le seul moteur transactional à s’être essoufflé sur fond de mauvais climat géopolitique. Les introductions en Bourse sont aussi au point mort. D’après une étude publiée par EY, dans le monde, elles sont en recul de 28% en volume par rapport au premier semestre 2018. En valeur, la chute des montants levés dans le cadre d’IPO se chiffre également à 28% sur la planète. Et c’est bien sûr l’incertitude politique et macroéconomique qui est mise en avant par tous les observateurs pour justifier cette situation, d’autant plus que selon eux, « le continent est plus dépendant que les autres aux échanges internationaux et de fait plus sensible aux incertitudes géopolitiques ». Preuve s’il en est de l’impact du Brexit, la valeur des introductions au London Stock Exchange s’est réduite de 57% en un an. Le marché coté britannique est celui qui se contracte le plus à travers le monde sous le coup de cette faible activité et d’un nombre record de rachats d’actions depuis 2008. La France ne fait pas non plus bonne figure, avec seulement une nouvelle cotation enregistré à Paris sur la période, en février précisément. Il s’agit de celle du spécialiste de la détection de piétons pour les engins de chantiers Arcure, qui a récolté seulement 7,9 M€ pour l’occasion alors qu’il en cherchait 12 M€. 

Finalement, là où la politique a aidé les deals-makers, c’est sur le front monétaire. Les fonds d’investissement, en particulier, ont abondamment tiré parti de cette « cheap money » et des taux d’intérêt négatifs. Selon Refinitiv, ils ont mené à bien 256 Md$ d’opérations sur les six premiers mois de l’année. Pour prendre la mesure de ce montant on retiendra deux choses. D’abord ce niveau d’activité n’a jamais été atteint depuis 2009 et ensuite, il est supérieur à celui enregistré sur les six premiers mois de 2006. Voilà qui en dit long sur l’emballement de la machine à buy-out que certains n’hésitent pas à dénoncer. 

Source: Capital Finance