• 5 juin 2019

MACROÉCONOMIE ET MARCHÉS – SYNTHÈSE DU MOIS DE MAI 2019

synthèse mai 2019

MACROÉCONOMIE ET MARCHÉS – SYNTHÈSE DU MOIS DE MAI 2019

1024 685 Fair/e
Macroéconomie : les perspectives de croissance s’assombrissent à nouveau

Alors que des signes de stabilisation de la dynamique mondiale émergeaient encore en avril, l’environnement s’est brutalement dégradé en mai suite à la résurgence des tensions commerciales entre les Etats-Unis et le reste du monde.

En effet, alors qu’un accord commercial avec la Chine semblait encore en bonne voie fin avril, D. Trump a rompu les négociations début mai confirmant la hausse des tarifs sur 200mds d’importations chinoises de 10 à 25%. De plus, il a menacé d’étendre les tarifs aux 300mds d’imports restant et ouvert un nouveau front sur le plan technologique avec le quasi bannissement de Huawei du sol américain. Cela a conduit la Chine, en représailles, à augmenter à son tour ses tarifs sur 60mds d’importations US et menacer d’interdire l’exportation de terres rares dont elle assure 80% des importations américaines. A cela est venu s’ajouter en fin de mois l’annonce d’une augmentation des droits de douane de 5% sur tous les biens importés du Mexique à partir du 10 juin puis 10% au 1er juillet (puis de 5 points chaque mois jusqu’à 25%), à moins que les autorités mexicaines ne prennent des mesures pour remédier au flux d’immigrants clandestins. Il convient d’ajouter à cela un risque croisant de divorce sans accord entre le Royaume Uni et l’UE avec une probabilité désormais importante de voir B. Johnson succéder à T. May.

Plus fondamentalement, la dynamique macro-économique globale n’a pas offert de support, au contraire : les indices PMI manufacturiers ont baissé en mai. Ainsi, au niveau mondial le PMI est revenu sur ses niveaux d’octobre 2012, comme l’indice allemand. De plus, si le PMI (Markit) est resté stable en Chine l’indice du NBS affiche une baisse tout comme l’ISM américain au plus bas depuis octobre 2016. Cela suggère qu’après un 1er trimestre au-dessus des attentes en termes de croissance tant aux Etats-Unis (3.1% annualisé) qu’en Zone euro (1.6%), en Chine ou encore au Japon, la dynamique pourrait marquer le pas au 2ème trimestre. Et ce, alors même que l’impact des dernières annonces de D. Trump sur la confiance et les conditions financières commencent à peine à se faire sentir.

Dès lors, les attentes d’une nouvelle détente des politiques monétaires aux Etats-Unis (baisse de taux directeur) et en Zone euro (opérations de TLTRO, éventuel système de « tiered deposit ») progressent fortement alors que l’inflation reste faible des deux côtés de l’Atlantique : le déflateur sous-jacent des dépenses de consommation n’atteint que 1,3% en rythme trimestriel annualisé aux Etats-Unis et l’inflation sous-jacente en Zone euro, au-delà de sa volatilité actuelle, reste engluée proche de 1%.

Synthese du mois de mai
Marchés : la chute des actifs risqués a été brutale en mai

Dans cet environnement délétère, les actifs risqués ont fortement corrigé et les taux souverains ont continué de chuter illustrant un net repli de l’appétit pour le risque sur des niveaux désormais faibles.

Alors que la volatilité obligataire s’est envolée pour atteindre un plus haut de 2 ans, c’est aux Etats-Unis que la baisse des rendements a été la plus significative avec une chute de près de 40pb du rendement à 10 ans du TBond à 2.12%, un plus bas depuis de septembre 2017. En Zone euro, la détente a été plus modérée, ce qui n’a pas empêché les rendements coeurs d’atteindre de nouveaux planchers historiques : 0.20% pour l’OAT 10 ans (- 16pb) et surtout -0.20% pour le Bund 10 ans. Au-delà, la perspective d’un bras de fer entre la Ligue italienne et la CE sur le budget italien ont ramené le spread italien contre la France à 246pb, soit plus de 40pb depuis janvier ce qui contraste fortement avec la détente de 20pb du spread espagnol. Cette chute de l’appétit pour le risque s’est traduite logiquement par une sous-performance du crédit corporate le plus risqué, +60pb pour le spread HY vs. 13pb seulement pour l’IG.

Dans une volatilité actions en hausse, mais contenue au regard de celle sur les taux, les actions ont chuté. Le MSCI monde (en dollars) perd 6.2%, sa pire performance mensuelle depuis décembre dernier (-7%). La baisse est généralisée : l’indice stoxx large européen sur performe modérément mais perd tout de même 5.7% sur le mois. La chute est ainsi encore plus marquée sur les autres places financières: le S&P 500 perd 6.6%, le CAC 40 6.8% et le MSCI Emergents 6.9% pénalisé par une chute du MSCI Chine de plus de 13%. Parallèlement, si les attentes de bénéfices 2019 se sont stabilisées aux Etats-Unis à 3%, elles ont une nouvelle fois été revues en baisse en Zone euro (-1pp à 5%). En outre, les valorisations à 12 mois ont baissé passant de 17.1 fin avril aux Etats-Unis à 15.9 et de 14 à 12.8 en Zone euro.

Enfin, le pétrole a décroché de plus de 11%, notamment pénalisé par les craintes entourant la croissance mondiale. A contrario, l’or a bénéficié de la hausse de l’aversion pour le risque et la baisse des taux réels pour repasser au-dessus des 1 300 dollars l’once, soit son niveau de début d’année.

Achevé de rédiger le 3 juin 2019.