• 1 octobre 2018

Préserver vos intérêts par mauvais temps sur les marchés

Préserver vos intérêts par mauvais temps sur les marchés

1024 685 Fair/e

Je ne crains guère les inimitiés, elles sont inévitables dans un monde où moi comme d’autres faisons marché de nos conseils, mais je ne cherche pour autant pas à provoquer mes pairs et amis, puisque je dois à la vérité de dire qu’on n’accomplit jamais rien seul.

La présente tribune a été publiée une première fois mi-septembre et a provoqué des critiques constructives, critiques dont des amis se sont fait l’écho, critiques qui ne manquent pas de fondements, critiques que je ne saurais ignorer.

C’est pourquoi, sans rien renier au fond, après avoir supprimé la première version de cette tribune, je l’ai ré-écrite pour qu’elle nourrisse des réflexions, pour qu’elle entraîne, je l’espère, une conscience toujours plus partagée des changements que la société comme les marchés appellent en nous, financiers.

Je reste, comme toujours, à votre écoute.

Ne confions pas l’avenir de nos patrimoines aux marchés

« Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté », disait Alain.

J’ai toujours eu cette volonté mais je suis d’humeur maussade en cette rentrée particulière, en cette rentrée qui nous rapproche plus que d’autres du nouveau monde qui se découvre sous nos yeux depuis quelques mois, ou quelques années peut-être.

C’est un monde fait de paradoxes où les avancées technologiques, biomédicales et algorithmiques sapent les fondements de cet humanisme patiemment construit, jamais abouti, fait d’échange, de liberté et de compréhension commune.

C’est un monde fait de populismes, de guerres commerciales, de guerres de devises, de sanctions politiques et de menaces écologiques dont l’ombre géante nous fait peur et nous pousse ainsi à nous replier sur nous-mêmes, à nous éloigner les uns des autres, à regarder si bas quand nos yeux devraient chercher au loin pourtant.

De trop nombreux atermoiements participent toujours du clair-obscur d’un monde qui bascule, en politique comme en économie ou, tout près de moi, sur les marchés financiers.

Les vieux démons, éternels en fait, resurgissent et nous inquiètent, découvrant un dérapage devenu trajectoire : l’accroissement de nos déficits budgétaires et commerciaux devenus abyssaux, l’augmentation de notre niveau de dette publique et privée, une incapacité à réformer ensemble les normes de nos échanges.

Toutes choses qui dessinent un cheminement trop connu qui verra inévitablement se succéder, en temps voulu, des hausses de taux, une baisse consécutive des marchés boursiers, un net ralentissement économique et, probablement, une nouvelle récession.

Nombres d’industries en France – rappelons qu’elles sont au début de notre chaîne économique – doivent faire face en ce mois de septembre aux conséquences commerciales et économiques de la politique de Donald Trump. Les aléas économiques sont nourris par des décisions politiques de court terme fixées sur les midterms américains.

Difficile de garder un cap avec si peu d’horizons visibles et autant de vents contraires.

Cette détermination américaine à ériger le protectionnisme en rempart heurte de plein fouet l’immobilisme européen et la fragilité des pays émergents.

Que faire face aux turbulences sur les marchés ?

Préserver ce qui nous permettra de construire un avenir souhaitable, ce que nous aurons à transmettre à nos enfants : une planète, du savoir, des valeurs et un capital d’action, cet optimisme de volonté.

Même si c’est à l’échelle de tout cela que le monde se fait, se défait et se refera – voilà l’optimisme déjà de retour – c’est à l’échelle de chacun d’entre nous que le monde se voit.

Aussi, permettez-moi de vous amener avec moi à considérer quelques dimensions plus immédiates.

Les marchés européens ont baissé de près de 5% en quelques jours à la mi-septembre. Les quelques rebonds techniques que nous allons accueillir avec soulagement ne pourront malheureusement pas nous faire éviter notre rendez-vous avec la réalité, celle d’une baisse durable des marchés, quand bien même cet horizon serait encore un peu reculé.

Même si les économies européennes sont en première ligne, l’économie américaine ne saura rester superbement isolée avec son président, rattrapée à moyen terme par l’amertume que d’autres peuples nourriront contre elle et sa monnaie.

Nous sommes à la croisée des chemins et nous devons, à nous comme aux intérêts que tous nous défendons, d’envisager des orientations vertueuses.

S’agissant de Fair/e, nous avons échangé avec nos partenaires, banques ou sociétés de gestion, autour de nos inquiétudes, de la protection des capitaux de nos clients, des familles que nous accompagnons, des ambitions que nous aidons à faire grandir, des garanties que nous prenons pour que demain soit encore possible.

Mais, et cela est vrai pour les désordres planétaires comme financiers, les résistances du présent sont plus fortes que les possibilités d’avenir, et de trop nombreux acteurs ne sont pas toujours en mesure d’ajuster leurs portefeuilles dans l’intérêt des actifs que nous, financiers jouissant de la confiance de nos clients, devons protéger.

Dans un contexte probablement durable de baisse des marchés (par-delà la secousse de –4–5% de mi-septembre), le stock sous gestion baisse mécaniquement, c’est mathématique.

Difficile alors de faire face en outre à une décollecte liée à des sorties d’argent ou des arbitrages vers des supports moins risqués.

Les comptes de résultat sont en jeu et le manque à gagner peut être lourd de conséquences.

Les modèles économiques sont mis sous tension par deux pôles qui s’opposent : défendre l’intérêt des clients d’un côté, donc ajouter du retrait à de la perte, préserver le résultat voire l’activité même de l’autre, donc sauvegarder au possible le volume des actifs investis pour atténuer l’érosion des comptes.

C’est là une gageure à laquelle il n’est pas aisée de répondre, un défi que les acteurs en charge de tous les arbitrages ne peuvent relever seuls.

C’est pourquoi je partage avec eux mes convictions, parfois mes orientations, afin que leurs arbitrages puissent être nourris par d’autres perspectives que les leurs seules.

Le risque est grand, à défaut, que de mauvaises performances pour les épargnants n’incite ceux-ci à priver de leurs investissements les supports servant à financer l’économie réelle. Dommage, nous allons en avoir besoin.

Mais pour finir comme j’ai commencé, avec Alain, “tout homme qui se laisse aller est triste”, alors ne laissons rien filer, surtout pas notre pouvoir d’agir demain encore.

Julien Magitteri, associé gérant du family office Fair/e.