• 3 novembre 2016

L’art chez Fair/e

L’art chez Fair/e

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Plus qu’un simple investissement patrimonial, l’art est pour Fair/e une passion bien vivante, à la manière des parcours des entrepreneurs que nous avons la chance d’accompagner, et nous nous piquons de vous en parler. C’est donc avec plaisir que nous accueillons, pour partager avec nous quelques beaux enseignements tirés de la dernière édition de la FIAC, dans cette galerie virtuelle qu’est faire.paris, Jeanne Bastien, membre éminente et appréciée de notre réseau d’experts et de passionnés aux parcours atypiques. Après des études à l’Ecole Supérieure de Commerce de Reims (Neoma Business School) et une carrière d’une vingtaine d’années sur les marchés de taux en tant que trader chez Lehman Brothers puis responsable de la vente Taux chez Credit Suisse, elle décide de faire de sa passion pour l’Art contemporain son métier. Après une formation à l’Ecole du Louvre et un Mastère professionnel Marché de l’Art à l’IESA, elle devient conseil en gestion de collections et accompagne des collectionneurs privés et des entreprises.

FIAC 2016 : un cru de qualité

Grâce à une formule nouvelle et à des sélections exigeantes, la FIAC a su relever le défi et offrir une édition de grande qualité, durant laquelle les ventes ont été au rendez-vous.

La FIAC s’est renouvelée en associant pour la première fois le Petit Palais afin d’y présenter des œuvres de grande taille dans une exposition appelée On Site. Cette proposition rappelle immanquablement la section Unlimited de la foire Art Basel. Elle permet aux galeries de présenter des projets de grande envergure difficilement présentables sur un stand, donnant ainsi à certains de leurs artistes le moyen d’exprimer tout leur talent. Malgré l’absence notoire des collectionneurs américains, la FIAC a accueilli cette année 72.000 visiteurs en 5 jours soit 0,5% de plus qu’en 2015, grâce à la présence active des collectionneurs français et européens.

Que retenir de cette édition et des acquisitions des collectionneurs ?

En premier lieu, on a pu voir une grande diversité d’œuvres proposées contrairement à certaines éditions récentes, où on retrouvait sur plusieurs stands les mêmes artistes en vogue. Cette année, les galeristes avaient sélectionné des œuvres remarquables, telles qu’une impressionnante toile de Georg Baselitz chez Gagosian, ou encore un puissant dessin de William Kentridge chez Marian Goodman et une installation fascinante de Alicjia Kwade chez Kamel Mennour. Certaines galeries avaient même pris le risque de présenter des solos d’artistes moins connus en France tels que Nick Mauss à la galerie new-yorkaise 303, montrant bien qu’elles estiment pouvoir trouver à Paris des collectionneurs connaisseurs et avides de découvertes.

Les premiers achats ont été soutenus par les fondations privées avec des pièces muséales mais aussi des œuvres de jeunes artistes en devenir. Le Quotidien de l’Art rapporte que François Pinault a ainsi acheté une trentaine d’œuvres, portant son dévolu sur Jean-Luc Moulène, à qui le Centre Pompidou consacre une exposition rétrospective jusqu’au 20 février 2017, mais aussi sur le jeune Mexicain Martin Soto Climent qui avait créé le « Bas-Bar » au Palais de Tokyo au début de cette année, structurant l’espace à l’aide de collants de femme, un élément emblématique de son travail. Ces récentes acquisitions seront exposées à Venise mais aussi à partir de 2018 dans le nouveau lieu d’exposition que François Pinault vient d’acquérir à Paris, la Bourse de Commerce. La galerie Kamel Mennour a vendu à une institution française, dont beaucoup disent qu’il s’agit de la Fondation Louis Vuitton, un remarquable Morellet pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Présenter cette pièce exceptionnelle était un bel hommage après le décès de ce grand artiste français au printemps dernier.

Les collectionneurs européens ont majoritairement recherché des œuvres d’artistes à la cote bien installée. La galerie Paula Cooper mentionne ainsi la vente d’un Rudolf Stingel Brocade (2016) à un collectionneur européen entre 1 et 2 millions de dollars ; la galerie Thaddaeus Ropac a vendu un Rauschenberg Bumper (1984) à un collectionneur autrichien pour 1 million d’euros. Les collectionneurs français n’étaient pas en reste achetant dès l’ouverture à la galerie Max Hetzler qui a récemment ouvert une antenne à Paris, une impressionnante pièce de Ai Weiwei Iron Tree Tronk (2015) et une huile sur papier de Albert Oehlen Rock (2009) pour plus de 1 million d’euros chacune.
De nombreux galeristes évoquent le fait que les collectionneurs qui viennent à la FIAC sont des connaisseurs et prennent leur temps pour acheter la meilleure pièce contrairement à d’autres foires telles que Frieze ou Hong Kong où la frénésie d’achat favorise les effets de mode. Toutes ces ventes sont très encourageantes et confirment que les acheteurs étaient au rendez-vous et que les cotes restent soutenues lorsqu’il s’agit d’œuvres de qualité.

Le prix Marcel Duchamp fut décerné cette année à l’artiste déjà confirmé, Kader Attia pour son travail sur le membre fantôme et la réparation. Il est exposé ainsi que les 3 autres finalistes au Centre Pompidou jusqu’au 30 janvier. Durant la Fiac, la Galleria Continua et la galerie Lehmann Maupin ont vendu plusieurs de ses œuvres entre 50.000 et 100.000 euros.

Cette semaine fut aussi marquée par de très nombreux événements satellites remarquables. On peut citer en premier lieu l’inauguration de l’exposition consacrée à la collection Chtchoukine à la fondation Louis Vuitton et l’inauguration de l’exposition de Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris. Les galeries parisiennes en ont profité pour lancer de nouvelles expositions et on a pu assister à la galerie VnH à une performance exceptionnelle de Michelangelo Pistoletto cassant une salle entière de miroirs révélant le mot Respect écrit sous chacun d’eux dans différentes langues. Les maisons de vente ont également profité de la présence de nombreux collectionneurs pour organiser des ventes d’exception comme celle de la collection Claude Berri chez Christie’s.

La FIAC a montré par la qualité des œuvres exposées et par sa capacité à attirer d’importants collectionneurs qu’elle est devenue une des foires majeures en art contemporain aujourd’hui. La FIAC devance ainsi Frieze à Londres qui a déçu cette année au niveau des ventes réalisées, le Brexit n’y étant probablement pas étranger, les œuvres vendues en USD ou en euro s’étant nettement renchéries pour les collectionneurs anglais. La FIAC n’a peut-être pas encore la capacité à donner la tendance de l’année comme Art Basel mais elle participe clairement à faire de Paris un lieu incontournable pour l’art contemporain.